La viticulture suisse bascule dans l’inconnu. En Valais, pour la première fois de son histoire, l’Interprofession de la Vigne et du Vin a renoncé à fixer un prix indicatif pour la vendange 2026, tandis que sur le marché du vrac, les prix sont sous pression et certains vignerons ne savent toujours pas quelle part de leur récolte pourra être vendue. Cet abandon rituel du prix de référence, symbole de la stabilité du secteur pendant des décennies, révèle l’ampleur de la crise qui frappe le cœur économique de régions comme le Valais.
Pendant que les prix s’effondrent, le Conseil fédéral débloque plus de 70 millions pour soutenir les secteurs touchés par la sécheresse. Un geste qui survient tardivement, après que les récoltes précédentes ont été décimées et que les stocks ont fondu. Les viticulteurs romands, confrontés à des rendements diminués et à une concurrence déloyale des importations, attendent maintenant de savoir si cette enveloppe suffira.
L’absence de vision structurelle
Le constat demeure amer : la Suisse riche pense l’aide en termes d’urgence ponctuelle plutôt que de transformation profonde. Le président de la Confédération s’exprime sur la crise de la viticulture, considérée comme « historique » ; Guy Parmelin admet à demi-mot que le projet qui doit limiter les importations de vins étrangers ne trouve pas de majorité. Traduire : Berne échoue à protéger ses vignerons contre le marché mondialisé, préférant des chèques de secours aux réformes commerciales imprécises.
Ceux qui tentent de survivre jusqu’aux vendanges doivent accepter des prix dictés par le marché, sans filet de sécurité. Les petits producteurs familiaux, l’épine dorsale du patrimoine rural romand, se voient acculés à des choix impossibles : arracher les vignes, augmenter les dettes, ou espérer un miracle climatique improbable.
Le changement climatique n’attend pas les promesses
Cette débâcle n’a rien de nouveau. La sécheresse persiste depuis deux ans, les gelées tardives déciment les bourgeons au printemps, les orages dévastent les vignobles. Et chaque saison ramène le même scénario : des producteurs ruinés, des terres abandonnées, une main-d’œuvre agricole qui fuit vers d’autres secteurs. Le Conseil fédéral peut déplorer la situation, mais tant qu’il refuse de mettre en place des barrières commerciales réelles et une transition agricole ambitieuse, ces 70 millions resteront des sparadraps sur une plaie ouverte.
La viabilité du secteur viticole romand ne se négocie pas à Bruxelles ni à Washington. Elle se gagne en Suisse, par des choix politiques courageux. Tant que Berne privilégie le libre-échange aux dépens de sa propre production, les vendanges 2026 ne marqueront que le début d’une agonie plus longue.