Salaires 2026 : les Romands font du surplace tandis que Zurich empoche les gains

Économie

C’est un scénario étriqué qui se dessine pour 2026. Les employeurs suisses prévoient des hausses salariales nominales d’environ 1% pour 2026, en baisse par rapport aux 1,4% de 2025. À première vue, c’est peu ; en pratique, c’est presque rien.

Après une inflation attendue de 0,5 à 0,7%, la hausse réelle du pouvoir d’achat serait proche de 0,5%. Autrement dit, les travailleurs romands qui obtiendraient une augmentation verront à peine s’améliorer leur situation, quand ce n’est pas une diminution déguisée. Près d’une entreprise sur six ne prévoit aucune augmentation, ce qui signifie que des dizaines de milliers de Suisses vont reculer en termes de pouvoir d’achat.

Les gagnants de la tech, les perdants de la Romandie

Mais le chiffre moyen cache une réalité bien plus polarisée. Le secteur informatique et des télécommunications se démarque avec une hausse prévue de 1,7%, bénéficiant de la vague de numérisation. Même scénario dans la construction. Pendant ce temps, l’horlogerie valaisane dégringole : jusqu’à +1,7% dans l’informatique et la construction, +0,4% seulement dans l’horlogerie.

Cette fracture sectorialisée n’est que l’arbre qui cache la forêt géographique. Les disparités subsistent au niveau régional, la « prime zurichoise » sur les salaires restant une réalité. Les employés travaillant dans et autour de la capitale économique de la Suisse sont payés entre 5000 et 10000 francs au-dessus de la moyenne nationale. Un écart vertigineux qui s’ajoute en haut de la pyramide, tandis que Genève, Vaud et Valais regardent de loin.

Spécialistes dorés, majorité asphyxiée

Les grandes tendances dégagées dans le cadre du « LHH Switzerland Salary Guide » figurent la propension des entreprises à recruter de manière ciblée au détriment de l’expansion généralisée des effectifs. Les profils de niche, plus difficiles à trouver sur le marché du travail, devraient ainsi profiter de l’effet de rareté. Cette situation implique des disparités en termes d’évolution salariale, qui demeure modérée pour la majorité des fonctions, mais qui grimpe plus fortement pour les spécialistes.

Le marché du travail suisse se clive : ceux qui savent coder ou piloter une transformation ESG négocient ; les autres prennent ce qu’on leur donne. En Romandie, où les écosystèmes tech tardent à s’implanter massivement et où l’économie reste diversifiée mais moins lucrative, cette tendance accentue l’érosion progressive du pouvoir d’achat pour la majorité des salariés.

La situation semble irréversible si l’on se fie aux prévisions économiques. Cette tendance reflète les défis économiques actuels, notamment les droits de douane américains qui affectent les industries exportatrices suisses. Le pays perd de la traction. La Suisse romande, tributaire d’une économie plus fragile et moins concentrée en secteurs premium, en paiera le prix fort.