Sécheresse persistante en Suisse romande: les agriculteurs face à l’urgence climatique
Après une canicule intense à la fin du mois de juin, la Suisse romande n’a pas connu de répit. Les prévisions pour juillet annoncent une chaleur persistante, avec des températures qui pourraient atteindre 30 à 35 degrés. Mais ce qui préoccupe le plus les experts, ce n’est pas tant le mercure que le manque d’eau. La neige en haute montagne disparaît déjà à vue d’oeil, alors que ce phénomène n’intervient habituellement qu’au mois d’août.
Sur le terrain, la situation devient critique. Le niveau, ainsi que le débit des cours d’eau et des lacs sont très bas, ce qui présente des dangers pour la faune. Les réserves d’eau douce qui alimentent les cultures, les troupeaux et l’approvisionnement domestique s’épuisent à un rythme alarmant. Les agriculteurs romands, déjà fragilisés par une conjoncture économique morose, font face à des pertes de récoltes dramatiques.
Une crise climatique qui aggrave les inégalités
Une nouvelle vague de chaleur s’étend cette semaine sur la Suisse. Après plusieurs semaines de températures élevées et de sécheresse, de nombreuses cultures sont mises à rude épreuve. Cependant, les conséquences de cette crise n’affectent pas tous les habitants de la même manière. Si les effets de la crise climatique deviennent de plus en plus visibles en Suisse, ils constituent depuis longtemps le quotidien de millions de personnes dans les pays du Sud. Ce sont elles qui paient le plus lourd tribut à une crise dont elles sont les moins responsables.
En Suisse même, ce sont les agriculteurs les plus modestes qui trinquent. Contrairement aux grandes exploitations disposant de ressources pour irriguer ou se couvrir par des assurances spécialisées, les petites fermes romandes manquent d’outils et d’aide publique pour affronter des sécheresses d’une intensité croissante. La privatisation et la concentration des terres, déjà bien engagées en Suisse, ne font qu’aggraver cette vulnérabilité.
Réchauffement accéléré en Suisse
En Suisse, la température moyenne depuis 1871 a déjà augmenté deux fois plus que la moyenne internationale. Au niveau mondial, la température a augmenté de 1,3 à 1,4 degré entre la période préindustrielle et 2024. Ce suréchauffement local accentue la pression hydrologique, transformant chaque été en test de résilience pour les écosystèmes romands.
Face à cette urgence, les appels à l’action se multiplient. La Suisse doit diminuer ses émissions de gaz à effet de serre sur son propre territoire plutôt que de miser sur des projets de compensation à l’étranger, généralement dans des pays du Sud. Or, tandis que la Suisse s’enrichit, ses paysans et ses zones rurales se fragilisent. Les politiques actuelles privilégient les grands acteurs économiques, laissant les petits producteurs affronter seuls les dérèglements climatiques.
L’ironie amère : la Suisse, qui s’affiche comme leader environnemental mondial, refuse de financer à la hauteur l’adaptation de ses propres territoires aux chocs climatiques. Les coupes budgétaires annoncées dans l’aide au développement ne feront que renforcer cette hypocrisie. Les mois qui viennent mettront à nu les faiblesses d’une Suisse prospère mais inégalitaire, incapable de protéger ceux qui nourrissent le pays.