Climat : la Suisse riche face à l’injustice mondiale tandis que les pauvres trinquent

Société

Tandis que les vagues de chaleur se multiplient en Suisse romande et que les cultures souffrent d’une sécheresse récurrente, une réalité s’impose avec brutalité : notre prospérité énergétique est construite sur l’exploitation climatique d’autres continents. La crise climatique aggrave les inégalités à l’échelle mondiale, et les responsabilités sont radicalement inégalement partagées.

Depuis le début de l’été, une nouvelle vague de chaleur s’étend en Suisse, et après plusieurs semaines de températures élevées et de sécheresse, de nombreuses cultures sont mises à rude épreuve. Certes, la Suisse souffre. La température moyenne depuis 1871 a déjà augmenté deux fois plus que la moyenne internationale. Mais à l’autre bout du monde, la catastrophe est systémique.

Le scandale invisible des émissions carbone

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils sont accablants. L’empreinte carbone réelle d’une consommatrice ou d’un consommateur suisse est près de 150 fois supérieure à celle d’une personne au Niger. À titre de comparaison, ce rapport de 1 à 150 résume mieux que n’importe quel discours diplomatique l’absurdité de notre modèle économique.

Pendant ce temps, dans le Sahel et d’autres régions du Sud, les sécheresses répétées et les précipitations irrégulières provoquent des pertes de récoltes massives, aggravant l’insécurité alimentaire et la pauvreté. Pourtant ces pays ne contribuent guère au réchauffement climatique. C’est le cœur du scandale : ceux qui polluent le moins en meurent les premiers.

Vers une fiscal ité climat à la hauteur des enjeux

En Suisse, le débat avance lentement mais progresse. Des voix progressistes, comme celle de la Conseillère nationale Natalie Imboden, appellent à traduire cette prise de conscience en réformes fiscales concrètes. Les super-riches Suisses font partie des plus gros pollueurs en Europe, tandis que les Suisses les plus modestes atteignent déjà l’objectif climatique que s’est fixé la Confédération pour 2030.

La solution ne réside pas dans des promesses creuses de « compensation carbone » qui perpétuent le droit de polluer des plus fortunés. Elle exige un tournant fiscal : appeler la Suisse à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre sur son propre territoire plutôt que de miser sur des projets de compensation à l’étranger.

L’aide au développement sacrifiée sur l’autel des réductions budgétaires

Mais il existe une autre injustice, structurelle celle-ci. Les pays en situation de vulnérabilité ont besoin d’un soutien pour s’adapter aux effets du changement climatique, et réduire les budgets de la coopération au développement fragilise les capacités d’anticipation de crises et compromet les efforts de prévention.

Or le Conseil fédéral envisage de réduire encore davantage ces dépenses, ce qui revient à fortement accroître les coûts humains, économiques et environnementaux de demain. C’est un choix politique : laisser les plus pauvres de la planète à leur sort, tout en conservant nos climatiseurs bien frais.

La chaleur de juillet nous rappelle une vérité que nos décideurs tardent à accepter : il n’existe pas de solution climatique juste sans justice économique. Et il n’existe pas d’adaptation durable sans transformation des rapports de force qui ont produit cette crise.