Prisons romandes: la chaleur intense révèle une infrastructure décimée

Société

Dans les prisons romandes, les cellules dépassent régulièrement les 30 degrés. Alors que l’Europe subit une vague de chaleur persistante, ces établissements pénitentiaires deviennent des fours étouffants, dans lesquels les détenus survivent dans des conditions jugées inhumaines par les experts.

La problématique n’est pas nouvelle, mais elle s’est accentuée avec les records de température du mois de juillet. Des mesures sont prises, sans résoudre le problème de fond : des bâtiments inadaptés. Les autorités romandes se heurtent à une réalité qui aurait dû être corrigée bien avant le dérèglement climatique : une infrastructure carcérale vétuste et inégale à la tâche.

Petits pansements sur une plaie béante

Pendant la canicule, quelques ventilateurs sont distribués, des horaires d’aération modifiés, des accès à l’eau augmentés. L’administration déploie ces solutions de fortune comme si elles pouvaient suffire. Elles n’en font que souligner l’incurie chronique : la Suisse romande dispose de prisons construites en majorité dans les années 1970 et 1980, conçues pour une époque où l’on n’imaginait pas ces extrêmes climatiques. Or, à l’heure du changement climatique, continuer à bricoler plutôt que rénover revient à sacrifier la dignité des personnes détenues.

Un enjeu de droits fondamentaux

Ceux qui sont enfermés n’ont pas le choix. Ils ne peuvent ni quitter le lieu, ni réguler leur environnement immédiat. Nous le savons depuis longtemps : les conditions de détention affectent directement la réhabilitation et le bien-être. Quand le thermomètre atteint 35 degrés dans une cellule sans climatisation, parler de réinsertion devient une fiction cruelle.

Les rapports d’organisations de protection des droits humains s’accumulent, pointant l’incompatibilité entre surpopulation, chaleur extrême et respect des droits fondamentaux. Personne n’y répond vraiment. Les budgets restent serrés, les priorités autres, et les détenus restent les oubliés de la classe politique. Rappelons-le : nos États ont l’obligation légale de fournir des conditions minimales de dignité à chaque individu sous leur responsabilité, peu importe s’il porte l’étiquette de « détenu ».

Penser à long terme plutôt qu’en mode urgence

Il est temps que les parlements romands arrêtent de gérer l’urgence et engagent des rénovations structurelles. Cela coûte, certes. Mais laisser pourrir une infrastructure pénitentiaire coûte aussi, en termes de dignité, de santé publique et, à long terme, d’efficacité du système judiciaire. Les cellules qui dépassent régulièrement les 30 degrés sans résoudre le problème de fond des bâtiments inadaptés ne sont pas une fatalité : c’est un choix politique.

La Suisse romande se targue de tenir ses valeurs humanistes haut. C’est l’occasion de le prouver concrètement, en imposant des standards de confort et de sécurité qui correspondent au XXIe siècle et aux réalités climatiques qu’il apporte. Les prisons modernisées ne seront jamais agréables, mais elles peuvent cesser d’être des lieux de souffrance inutile.