La productivité monte, les salaires restent sur place. C’est le paradoxe cruel que révèle le dernier rapport de l’Union syndicale suisse, publié en juillet 2026. Entre 2016 et 2026, les salaires réels de la classe moyenne ont stagné tandis que la productivité augmentait d’environ 1% par an. Qui a empoché les gains ? Les employeurs et les actionnaires, grâce à des marges gonflées et des distributions de dividendes records.
Ce n’est pas nouveau, diront certains. Mais la tendance s’accélère, et elle crée un fossé de plus en plus visible. Selon le Baromètre de la justice 2026 rendu public en mai, 51% des Suisses estiment désormais que leur pays n’est pas équitable, contre 46% il y a seulement deux ans. Le sentiment d’équité s’effondre.
Le clivage économique explique tout. Parmi les ménages gagnant plus de 13 000 francs par mois, 65% se déclarent satisfaits du système. Chez ceux qui gagnent moins de 3 000 francs ? À peine 27%. C’est un pays qui se divise en deux, un pays que la majorité commence à rejeter.
Les allègements fiscaux qui creusent le fossé
Pendant ce temps, les cantons multiplient les baisses d’impôts depuis 2024. Mais qui en profite vraiment ? Principalement les plus hauts revenus, dénonce l’USS. Les allègements fiscaux aggravent les inégalités au lieu de les réduire. Et le système ne compense pas : les primes maladie, identiques pour tous quel que soit le revenu, deviennent un impôt régressif qui étouffe les plus modestes.
Sur le plan personnel, le constat est encore plus sombre. En 2026, seulement 56% des Suisses se sentent traités équitablement, contre 68% quelques années auparavant. C’est un glissement rapide vers la méfiance, vers un sentiment généralisé que le système ne joue plus pour eux.
Le grain de sable : l’égalité femmes-hommes
L’USS note aussi une part importante des inégalités salariales qui provient d’un problème structurel : les femmes assumant toujours la majorité du travail non rémunéré, avec des taux d’occupation plus faibles et des salaires plus bas dans les professions féminisées.
Face à cette réalité, l’organisation syndicale demande que la compensation automatique du renchérissement redevienne la norme dans les négociations salariales. Un retour aux bases qui, dit comme ça, semble presque révolutionnaire.
La Suisse ne renonce pas seulement au rêve d’équité. Elle le casse, petit à petit, chiffre par chiffre, année après année.