Le diplôme n’est plus un passeport. Selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique publiés en septembre, 17,3% des diplômés genevois en économie sont sans emploi un an après leur master, contre 13,7% à Lausanne et seulement 2,7% à Saint-Gall. Un gouffre qui parle volumes sur l’état de la Suisse romande.
Le symbole est écrasant. Alors que les universités romandes s’enorgueillissent de former les futurs cadres du pays, ces institutions produisent maintenant des chômeurs. Et pas n’importe lesquels : des étudiants sortis d’une formation supposément sélective, dotés de savoirs supposément transférables. Le problème n’est pas le manque de formation. C’est qu’il n’y a rien qui les attende après.
Une dégradation qui s’accélère
Les chiffres de l’OFS montrent une nette dégradation à l’échelle nationale, où 8,5% des personnes ayant obtenu un master en sciences économiques en 2024 n’avaient toujours pas d’emploi un an plus tard. Mais la Suisse romande ne suit pas la moyenne nationale ; elle la dépassé, largement. À Genève, le taux dépasse presque le double du taux helvétique. Zurich? Saint-Gall? Ces régions offrent carrière et perspective. La Romandie, elle, produit du chômage diplômé.
Ce qui rend cette statistique encore plus glaçante, c’est son caractère prédicteur. Ces jeunes, sortis de master, sont supposés être les moteurs économiques de demain : consultants, analystes, responsables de projets, économistes. Leur absence du marché du travail ne signale pas un ajustement temporaire. Elle signale la fin d’un modèle économique romand capable d’absorber ses propres élites.
Le message implicite : partez
À Genève, cette situation crée une pression souterraine mais inexorable. Pourquoi rester dans une région qui ne propose pas d’emploi après cinq ans de formation coûteuse ? Les plus mobiles, les plus aguerris, les plus séduisants pour les recruteurs partiront vers Zurich, vers Bâle, vers Berne ou vers l’étranger. Ceux qui resteront accepteront des postes en dessous de leur qualification ou basculer vers d’autres secteurs.
La Suisse romande ne perd pas ses emplois à cause d’une soudaine incapacité des jeunes. Elle les perd parce que son économie ne crée plus assez de valeur, d’ambition, de dynamisme pour les retenir. Les chiffres du chômage diplômé ne sont que l’écume de cette vague plus profonde : celle de la fragilisation régionale, celle du déclin relatif face aux cantons alémaniques.
Pendant que Saint-Gall intègre 97% de ses diplômés en économie, Genève en abandonne un sur six. Ce n’est pas une statistique. C’est un diagnostic : la Suisse romande n’absorbe plus ses élites.