Le Conseil fédéral peut se glorifier de chiffres rassemblants. En septembre, le taux de chômage au sens du Secrétariat d’État à l’économie (SECO) s’est maintenu à 3,0%, comme en juillet et août. Un message de stabilité qui rassure les marchés financiers et offre aux gouvernements un argument commode pour justifier l’inaction. Mais cette sérénité nationale cache une réalité radicalement différente en Suisse romande.
Genève (5,1%) et Vaud (4,8%) affichent les taux de chômage les plus élevés, selon les données du SECO. Ces chiffres ne sont pas anodins. Ils signifient que les cantons de la région, moteurs économiques supposés du pays, connaissent une détresse du marché de l’emploi deux fois supérieure à la moyenne nationale. L’écart n’est pas marginal, il n’est pas statistique. C’est une crise.
Une région saignée à blanc
Pour les travailleurs vaudois et genevois, cette situation s’aggrave parallèlement à des coupes budgétaires massives. Les députés vaudois ont approuvé en première lecture le décret introduisant une contribution de crise prélevée sur les salaires des employés de l’État. Ce prélèvement de 0,7% sur le salaire brut des fonctionnaires à partir de la classe salariale 5 est l’une des mesures contestées depuis plusieurs semaines par des milliers de manifestants. À cela s’ajoute l’absence d’indexation salariale au coût de la vie, transformant ces retenues en véritables baisses de pouvoir d’achat.
Le même scénario se répète de canton en canton. Les gouvernements évoquent des situations financières désastreuses, des déficits historiques, des urgences budgétaires. Mais ces mesures brutales frappent précisément ceux qui souffrent déjà : les salariés du secteur public dont l’emploi devient plus précaire, les demandeurs d’emploi confrontés à une pénurie de postes, la classe moyenne que l’inflation grugeait déjà.
La mécanique du déni fédéral
Le système fédéraliste suisse crée une mécanique perverse. Les statistiques nationales lissent les différences régionales, offrant une vision apaisée du marché du travail aux observateurs et aux électeurs. Les parlementaires de droite peuvent ainsi défendre l’absence de mesures nationales pour l’emploi, arguant que « globalement, tout va bien ». Les organes de presse nationaux relaient ces messages rassurants. Genève et Vaud, laissées à elles-mêmes, mettent en œuvre des plans d’économies qui dégradent les conditions de travail et de vie.
Cette dissociation entre les chiffres nationaux et les réalités locales n’est pas nouvelle. Elle s’aggrave. La Suisse romande n’est pas un écart temporaire, c’est un avertissement ignoré. Tant que les autorités fédérales traiteront les données régionales comme des anomalies statistiques, la précarité en Suisse romande continuera de croître dans l’indifférence officielle.