Les prisons suisses craquent sous le poids d’une surpopulation qui porte atteinte aux droits fondamentaux des détenus. C’est le constat sans détour que dresse la Commission nationale de prévention de la torture (CNPT) dans son rapport d’activité 2025, rendu public lundi. Un coup de projecteur bienvenu sur une crise silencieuse qui affecte directement la dignité des personnes détenues et les conditions de travail du personnel pénitentiaire.
Le taux d’occupation des prisons suisses s’élevait en moyenne à 94% l’année passée, alors que le Conseil de l’Europe considère un taux supérieur à 90% comme critique. En Suisse latine, les chiffres s’aggravent, particulièrement à 110% dans les cantons de Genève et de Vaud.
Au-delà des murs: des conséquences humaines concrètes
Cette surpopulation carcérale restreint davantage l’intimité des personnes détenues, augmente le risque de violence, réduit les possibilités d’activité physique et d’occupations et détériore la qualité des soins de santé. Les impacts cascadent sur les objectifs mêmes de l’incarcération: cela compromet les buts de prévention de la récidive et de réinsertion sociale.
Martina Caroni, présidente de la CNPT, a rappelé un principe fondateur dans un communiqué: «Le respect et la protection de la dignité humaine est une obligation constitutionnelle. Il s’agit d’une garantie universelle, qui ne dépend ni des actes, ni de la culpabilité, ni du statut des individus». Or, les conditions de détention en Suisse remettent en cause ces principes, critique la CNPT.
Les effets ne se limitent pas aux détenus. En raison de la surpopulation carcérale, les ressources des établissements sont mises à rude épreuve, et les conditions de travail du personnel s’en retrouvent directement impactées. Des gardiens qui gèrent des situations toujours plus tendues, sans les moyens adéquats.
Bâtir, oui, mais pas seulement
La réponse classique à la surpopulation carcérale consiste à construire davantage de places de détention. Mais la CNPT refuse cette vision court-termiste. La construction de nouveaux établissements ou l’agrandissement d’établissements existants ne suffira pas à résoudre le problème de manière durable. Selon elle, souvent, la surpopulation carcérale ne reflète pas en premier lieu une hausse de la criminalité, mais est plutôt la conséquence d’une politique pénale plus répressive.
La CNPT recommande l’instauration d’une stratégie globale pour remédier au problème. Pour remédier de manière durable à la surpopulation carcérale, il est nécessaire de mettre en œuvre une stratégie globale de réduction du nombre de personnes détenues au niveau cantonal, et tous les acteurs concernés doivent collaborer.
Un problème qui s’étend aux centres d’asile
La CNPT a également documenté les conditions dans les centres fédéraux d’asile. La commission a constaté que des personnes vulnérables étaient toujours hébergées dans des abris de la protection civile, or cet hébergement est problématique au regard des droits humains, en raison de l’exiguïté des locaux, de l’absence de lumière naturelle, de la mauvaise qualité de l’air, de la présence de moisissures et d’un bruit de ventilation permanent dans les espaces pour dormir.
Ce rapport constitue une alerte sérieuse lancée à l’attention des autorités cantonales et fédérales. La Suisse s’enorgueillit de ses standards de droits humains; elle ne peut ignorer que ses prisons et ses centres d’asile contredisent cette image. La CNPT a visité 26 établissements l’an dernier, recueillant des preuves irréfutables que le moment d’agir n’attend plus.