Les annonces du Conseil fédéral tombent régulièrement, avec le même résultat chaque fois. Les primes d’assurance-maladie augmenteront de 5% en 2027, la prime mensuelle moyenne progressant de 5,0% par rapport à 2026. Une progression qui semble mesurée sur le papier, mais qui frappe les budgets des familles romandes comme un nouveau coup de massue.
Genève et Vaud paient déjà les prix les plus lourds de la Suisse. Avec des taux de chômage qui placent Genève au premier rang avec 5,1% et Vaud à 4,8%, la région accumule les chocs. Ceux qui travaillent gagnent peu en comparaison de leurs pairs alémaniques, et ceux qui ne trouvent pas d’emploi voient leur situation s’aggraver mois après mois. Dans ce contexte, une hausse de 5% des primes n’est pas un pourcent de plus : c’est un choix de réduire l’accès au soin pour ceux qui n’ont déjà rien.
Les arguments officiels ne changent pas non plus. Berne parlera de stabilité relative, de maîtrise des coûts, de nécessaire adaptation aux réalités démographiques et médicales. Mais cette rhétorique masque une réalité beaucoup plus crue : la Suisse transfère progressivement le coût de la santé vers les poches individuelles. Chaque nouvelle prime est un pas supplémentaire dans une direction qui avantage les hauts revenus, parfaitement dotés d’assurances complémentaires, tandis qu’elle crucifie la classe moyenne et les précaires.
Quand le soin devient un luxe
Dans le canton de Vaud, 20’529 personnes étaient inscrites au chômage, soit une augmentation de 11% sur un an. Ces chiffres abstraits se traduisent en réalité concrète : des parents qui renoncent aux dépistages, des enfants qui grandissent sans suivi dentaire régulier, des travailleurs précaires qui repousent indéfiniment une visite chez le médecin. Depuis juin 2023, la tendance à la hausse s’est installée dans un environnement économique incertain, où de nombreuses entreprises ralentissent leurs embauches tandis que le volume des offres disponibles tend à diminuer.
Il serait naïf de croire que les 5% annoncés seront les seuls. Les années précédentes ont montré un pattern implacable : hausse légèrement inférieure aux dépenses réelles, rattrapages l’année suivante, puis hausse de compensation. Les Romands commencent à le comprendre. Les syndicats aussi. Mais les appels à la régulation demeurent lettre morte à Berne.
Pendant ce temps, les profits d’assurance continuent de croître. Les actionnaires touchent leurs dividendes. Les salaires des cadres de l’assurance sont parmi les plus élevés du secteur tertiaire. Et les ménages romands, eux, calculent chaque trimestre combien il leur reste après le versement de la prime. C’est le choix que fait régulièrement la Suisse : des soins moins accessibles, une couverture plus étriquée, une classe moyenne qui s’érode. En 2027, ce choix prendra la forme d’une nouvelle hausse de 5%.