En mai 2026, le marché de l’emploi romand s’enfonçait dans une crise que les statistiques nationales continuaient de masquer. Genève affichait un taux de chômage de 5,1 % et Vaud de 4,8 %, des niveaux inédits depuis dix ans et nettement supérieurs à la moyenne suisse. Mais au-delà de ces chiffres, c’était une génération entière que l’intelligence artificielle ravageait sur le marché du travail romand.
Les jeunes diplômés découvraient, non sans amertume, que leur formation ne suffisait plus. L’intelligence artificielle frappe particulièrement les jeunes diplômés sur le marché du travail suisse, transformant ces premières années d’insertion en combat d’usure. Là où l’économie romande espérait garder ses talents, elle les voyait partir ou stagner, immobilisés dans des emplois précaires loin de leurs qualifications.
Une crise qui dépasse les statistiques officielles
Le phénomène n’était pas limité à quelques secteurs. Depuis juin 2023, la tendance à la hausse s’est installée dans un contexte économique jugé incertain, où les offres d’emploi se raréfient. Le phénomène ne touchait plus uniquement certains profils ou branches spécifiques : il concernait désormais l’ensemble du marché du travail. Les services, le numérique, l’administration, rien n’y échappait.
Pire encore : les statistiques du chômage enregistré ne racontaient qu’une partie de l’histoire. Dans le canton de Vaud, le nombre réel de personnes en recherche d’emploi dépassait même les statistiques du chômage. Au total, 31 115 demandeurs d’emploi étaient inscrits auprès des Offices régionaux de placement, contre seulement 20 000 chômeurs officiels. Ce « chômage caché » révélait l’ampleur réelle de la crise : des milliers d’autres attendaient, en attente d’une formation, d’une opportunité, ou simplement du désespoir qui précède le décrochage.
Le chômage longue durée, la cicatrice invisible
Plus préoccupant encore, le chômage de longue durée explosait en Suisse romande. Le chômage longue durée en Suisse avait fortement augmenté depuis 2023, touchant environ 18 000 personnes en 2025. La Suisse romande était particulièrement affectée, avec 42 % des chômeurs longue durée pour 28 % des personnes actives du pays. Cette surreprésentation révélait un problème structurel : les opportunités de rebond étaient plus rares en Romandie qu’ailleurs.
Les plus fragiles en pâtissaient d’abord. Les hommes de plus de 50 ans étaient les plus vulnérables, avec 6,7 chômeurs longue durée pour 1 000 actifs dans cette catégorie. Mais les jeunes diplômés n’étaient guère mieux lotis : pour eux, l’IA n’était pas une promesse de productivité future, c’était un concurrент immédiat pour chaque poste disponible.
Face à cette tempête, les politiques nationales continuaient de célébrer une croissance helvétique qui ne profitait manifestement pas à la Romandie. Le temps des solutions d’hier avait révolu. Il fallait agir, et vite.