La Suisse romande possède un poumon économique masqué. C’est ce qu’établit une étude commandée par le Groupement Romand de l’Industrie Pharmaceutique (GRIP) et présentée cette semaine à Lausanne: le secteur des sciences de la vie y génère plus de 83 000 emplois et 28 milliards de francs de valeur ajoutée, expliquant à lui seul 42 % de la croissance réelle de la région.
Ces chiffres placeraient les sciences de la vie en première ligne des piliers économiques romands, aux côtés de secteurs traditionnellement mieux valorisés. Pourtant, l’étude révèle un paradoxe frappant : 59 % des Romands citent les sciences de la vie parmi les secteurs les plus importants pour l’économie suisse en général, mais seulement 12 % pour leur propre canton. Cette déconnexion entre la réalité économique et la perception publique soulève des questions sur la visibilité et la reconnaissance d’un secteur fondamental pour la prospérité régionale.
Un secteur méconnu malgré son poids
Cette invisibilité relative pose un enjeu politique et stratégique de taille. Alors que les politiques économiques et les investissements publics dépendent souvent de la conscience citoyenne, un secteur ignoré risque de pâtir d’une sous-estimation chronique de ses besoins réels. Gilles Aebischer, co-président du GRIP, a plaidé pour une meilleure reconnaissance du secteur, suggérant que ces conditions-cadres actuelles ne reflètent pas l’importance véritable de l’industrie.
L’étude s’inscrit dans un contexte où la Suisse romande navigue entre euphorie économique nationale et difficultés régionales croissantes. Si l’emploi progresse nationalement, Genève et Vaud connaissent des tensions chroniques sur le marché du travail, et les secteurs traditionnels comme le vin ou la distribution reculent. Dans ce contexte, les sciences de la vie représentent une opportunité stratégique trop peu exploitée publiquement.
Des conditions-cadres défaillantes
Le diagnostic implicite du GRIP est clair : sans visibilité, le secteur ne peut pas bénéficier des investissements fiscaux, des infrastructures et des politiques éducatives dont il aurait besoin pour prospérer davantage. La pharmaceutie et la biotech suisses affrontaient déjà des pressions globales : fiscalité compétitive internationale, régulations croissantes, concurrence de géants asiatiques. En Suisse romande, ces défis se doublent d’une quasi-invisibilité aux yeux des décideurs régionaux et du public.
Cette étude du GRIP, présentée sur le campus Biopôle de Lausanne, symbolise aussi cette contradiction : un secteur qui construit des laboratoires ultramodernes et recrute massivement, mais reste marginal dans le débat public régional. Pour que la Suisse romande consolide son modèle économique et évite de nouvelles fragilités, elle devra d’abord voir en face ce qui représente déjà son principal moteur de croissance.