Les masques tombent: tandis que la Suisse se rassure, le chômage longue durée explose en Suisse romande

Emploi

Les statistiques nationales du chômage dressent un tableau réconfortant. En septembre 2026, le taux national s’établissait à 3,0%, une quasi-stabilité qui incite les décideurs à parler de reprise et de marché du travail «résistant». Mais sous ces chiffres apaisants gît une fracture régionale que personne ne peut plus ignorer.

La Suisse romande, à l’écart d’une reprise qui ne la concerne pas

Depuis 2023, le chômage longue durée, c’est-à-dire celui de plus d’un an sans emploi, a explosé en Suisse. Or, la Suisse romande rassemble 42% des chômeurs longue durée pour seulement 28% des personnes actives du pays. Ce déséquilibre n’est pas une aberration statistique: c’est le reflet d’une exclusion structurelle.

En Suisse romande, le Jura s’avère le canton le plus affecté, avec une personne active sur cent durablement exclue du monde du travail en 2025. Mais le malaise ne s’arrête pas aux frontières du Jura. Dans le canton de Vaud, plus de 2800 personnes peinaient durablement à trouver un emploi en 2025, et plus de 1700 à Genève.

Quand l’âge devient une disqualification

Derrière ces chiffres se dessine un profil révélateur. Dans les cantons romands, on dénombre 6,7 personnes de plus de 50 ans en recherche d’emploi depuis au moins un an pour 1000 actifs. Ces travailleurs expérimentés, autrefois cherchés par les entreprises, se trouvent soudainement invisibles. Le marché du travail romand a développé une intolérance à l’âge.

Le diagnostic n’est pas nouveau, mais chaque mois qui passe sans réaction aggrave le problème. Ces hommes et ces femmes qui cherchent depuis plus d’un an ne retourneront pas facilement au marché du travail. Plus les mois s’accumulent, plus l’exclusion durcit.

L’écart intenable avec le reste du pays

Tandis que les compteurs nationaux affichent une relative stabilité à 3,0%, la Suisse romande demeure une zone de turbulence. Genève (5,1%) et Vaud (4,8%) affichent les taux de chômage les plus élevés du pays, des niveaux qui ne cessent de s’aggraver depuis plusieurs mois.

Cette divergence révèle une Suisse à deux vitesses. À l’Est et au Centre, le marché se rétablit lentement. À l’Ouest et en montagne, le travail manque et les perspectives s’étrécissent. Les responsables nationaux préfèrent lire les moyennes nationales, qui noient les crises régionales sous des statistiques trompeuses.

La récession silencieuse

Jusqu’à 450 postes menacés chez Sunrise, des réductions d’effectifs chez UBS, 110 emplois administratifs visés à La Poste: les annonces de licenciements se multiplient. Même si le travail temporaire repart et les demandes de chômage partiel reculent, ces signaux positifs ne suffisent pas à masquer une réalité plus sombre.

En Suisse romande, le marché de l’emploi se contracte durablement. Les postes vacants se font rares, la concurrence pour les salaires s’intensifie, et les personnes exclues du travail depuis plus d’un an glissent progressivement vers une marginalisation sociale.

L’urgence d’une politique d’inclusion

Les politiques d’emploi nationales se contentent de formules apaisantes. Les conseillères d’État parlent de «reconversion» comme si le problème se résumait à un simple besoin de formation. Mais comment convaincre un employeur romand de recruter un quinquagénaire en chômage longue durée quand les statistiques nationales lui murmurrent que «tout va bien»?

La Suisse romande attend une intervention à la hauteur de sa crise. Pas des applaudissements pour des taux de chômage national censément maîtrisés. Des mesures d’urgence pour les 18 000 personnes piégées dans un chômage sans issue.