Une nouvelle pierre au mausolée de l’inégalité. Malgré des promesses de longue date, la Suisse abandonne sa position de leader en matière d’égalité professionnelle. Selon l’indice ‘Women in Work 2026’ de PwC publié récemment, le pays gagne une place en passant de la 21e à la 20e position parmi les 33 pays de l’OCDE évalués, mais révèle une stagnation de la situation helvétique.
Les chiffres racontent l’histoire d’un recul systématique. L’écart salarial entre les sexes s’est creusé à 17,4%, contre 17,2% l’année précédente, soit un niveau nettement supérieur à la moyenne de l’OCDE de 12,4%. En termes concrets, les femmes gagnent en moyenne 640 francs bruts de moins par mois que les hommes.
Mais le recul ne s’arrête pas aux salaires. La proportion de femmes occupant un emploi à plein temps a reculé de 60,7% à 59,2%, tandis que le taux d’activité des femmes a légèrement progressé pour atteindre 80,8%. Ce paradoxe traduit une réalité préoccupante : les femmes entrent davantage sur le marché du travail, mais dans des conditions de plus en plus précaires, à temps partiel croissant.
Des obstacles structurels qui renforcent les inégalités
Les experts de PwC qualifient ces chiffres de « signaux d’alarme » et pointent notamment les services de garde d’enfants limités et coûteux comme obstacle à l’emploi féminin. Cette analyse rejoint les observations de longue date des acteurs syndicaux : tant que les politiques publiques ne rendront pas la garde d’enfants accessible et abordable, les femmes porteront seules le coût de l’insertion professionnelle.
Au-delà des questions structurelles, l’écart inexpliqué persiste. Même à profils comparables entre femmes et hommes, la différence s’élève globalement à 6,5%, contre 7% en 2022. Cet écart invisible, qui ne s’explique par aucun facteur objectif, reflète les discriminations enracinées dans les pratiques de rémunération et les modèles organisationnels.
Les disparités varient fortement selon les secteurs. Elles vont de 7,9% dans l’hôtellerie-restauration à environ 17% dans le commerce de détail et l’industrie des machines, et jusqu’à 30,6% dans les activités financières et d’assurance. Les secteurs les plus rémunérateurs sont aussi les plus inégalitaires.
La responsabilité politique mise en question
Les syndicats réclament davantage de contrôles et des sanctions pour inverser la tendance. À l’heure où l’indice mondial de PwC ne cesse d’évoluer, la Suisse, autrefois dans le top 10, s’enlise dans l’inaction politique. Les lois sur l’égalité salariale existent, les analyses de structure s’accumulent, mais les pratiques changent à peine.
Cette stagnation pose une question majeure : une Suisse qui tolère que ses femmes gagnent 17,4% de moins que ses hommes, que sa part d’emploi féminin à temps plein diminue, peut-elle réellement se targuer d’être un modèle de progrès social ? Les chiffres de PwC offrent une réponse sans détour.