Tandis que la Suisse se réjouit de modestes progrès, les femmes continuent de voir leurs salaires piétiner. L’écart salarial entre hommes et femmes s’est récemment agravé, et les chiffres révèlent bien plus qu’une simple stagnation : c’est un recul progressif sur fond de promesses jamais tenues.
L’écart salarial entre les sexes a continué de se creuser pour s’établir à 17,4%, contre 17,2% l’année précédente. En apparence, le mouvement paraît imperceptible. Mais la Suisse a progressé de la 21e à la 20e place dans l’indice « Women in Work 2026 » de PwC, ce qui ressemble à une victoire jusqu’à ce qu’on découvre que son score global reste inchangé à 68,7 points. C’est un artefact statistique qui masque une réalité bien moins reluisante.
Quand les gains deviennent des pertes
Les données les plus révélatrices concernent l’emploi à temps plein. La proportion de femmes occupant un emploi à plein temps a ainsi baissé, passant de 60,7% à 59,2%. Pendant ce temps, le taux d’activité des femmes a légèrement augmenté pour atteindre 80,8%. Traduire cela : davantage de femmes travaillent, mais davantage aussi le font à temps partiel, ce qui amplifie naturellement l’écart salarial global. C’est un mécanisme pervers que la statistique officielle range sous le chapitre « progrès ».
En Suisse, la différence de salaire entre hommes et femmes était de 15,7% en 2024, mais le chiffre le plus parlant reste celui-ci : les femmes gagnent 684 francs de moins par mois que leurs collègues pour le même travail. Autre façon de dire les choses : le revenu annuel brut médian des salariés à plein temps atteint 92’000 francs chez les hommes, contre 80’900 francs chez les femmes, ce qui dépasse 11’000 francs par an.
Ce n’est pas du bruit statistique. C’est une structure économique qui pénalise systématiquement les femmes, et qui s’aggrave alors que nous sommes censés progresser.
Comparaison avec l’OCDE : la Suisse à la traîne
Avec un écart salarial de 17,4%, la Suisse se situe nettement au-dessus de la moyenne de l’OCDE (12,4%). Pire encore : depuis la première édition du rapport PwC « Women in Work Index » en 2011, l’inégalité salariale a légèrement augmenté dans notre pays, passant de 17,6% à 18% alors que la plupart des autres pays ont réduit l’inégalité salariale.
La Suisse fait cavalier seul, mais dans la mauvaise direction. Pendant que les autres économies de l’OCDE serrent les rangs pour réduire les écarts, nous les creusons. Selon les experts de PwC, ces chiffres sont des « signaux d’alarme ». Ils soulignent que les femmes font face à des défis comme des services de garde d’enfants limités et coûteux. Ils appellent les entreprises à adopter des mesures telles que des modèles de travail plus flexibles pour promouvoir l’égalité.
Au-delà du salaire brut, une cascade d’inégalités
L’enjeu ne s’arrête pas au salaire. Les salaires réels de la classe moyenne ont stagné au cours entre 2016 et 2026. Et si la classe moyenne stagne, les femmes, elles, reculent. L’Union syndical suisse (USS) dresse un bilan sévère de l’évolution des revenus en Suisse au cours de la dernière décennie.
Environ 500 francs de l’écart salarial demeurent « inexpliqués » car une partie de cette somme est « directement liée à la discrimination ». Cette situation a des conséquences directes sur le niveau de vie : lorsqu’elles sont au chômage ou à la retraite, les femmes ont moins de prestations.
L’inégalité salariale d’aujourd’hui est la pauvreté de demain. Ceux qui touchent 17% de moins chaque mois accumuleront une retraite 17% plus maigre. C’est une inégalité qui se perpétue d’elle-même, génération après génération.
Des phénomènes sectoriels alarmants
Les écarts varient fortement selon les branches, atteignant jusqu’à 30,6% dans les activités financières et d’assurance. Ces secteurs à hauts revenus sont précisément ceux où la concentration de richesses s’amplifie, et où l’inégalité de genre agit comme un multiplicateur de précarité.
La question n’est plus statistique. Elle est politique : comment la Suisse peut-elle prétendre au leadership économique et social tout en laissant un écart salarial de 17,4% se creuser ?