Les communiqués du Secrétariat d’État à l’économie rassurent. Chaque mois, ils célèbrent la stabilité du marché du travail suisse. En septembre 2026, le taux national reste inchangé à 3%, les offres d’emploi progressent, la machine semble bien huilée. Mais cette photographie nationale dissimule une réalité bien différente : la Suisse romande se désagrège silencieusement.
Deux Suisses, deux destins
En Suisse romande et au Tessin, le taux de chômage s’est maintenu stable à 4%, aucun canton francophone n’ayant vu sa situation se dégrader. Ce chiffre, qui pourrait sembler rassurant pour une région, représente en réalité un écart croissant avec le reste du pays. Le chômage s’établit à 4,7% dans le canton de Vaud, contre 2,9% au niveau suisse.
Vaud connaît désormais un taux de chômage près de 60% supérieur à la moyenne nationale. Ce n’est pas une variation conjoncturelle, mais le symptôme d’une fracture structurelle. Depuis des mois, les données attestent que la prospérité suisse bénéficie massivement aux zones du Plateau, tandis que la région lémanique et vaudoise restent bloquées. L’emploi rebondit partout ailleurs ; à Vaud, il stagne.
Une croissance anesthésiante
Même la faible croissance économique dont se plaignent les patrons romands ne leur profite guère. Le produit intérieur brut (PIB) vaudois devrait ralentir à 1,0% de croissance en 2026, contre 2,4% en 2025, en raison d’un contexte mondial incertain. À l’échelle nationale, selon les estimations du Secrétariat d’État à l’économie (SECO), la croissance suisse passerait de 1,5% en 2025 à 0,9% en 2026.
Ce qui frappe, c’est que le PIB vaudois affiche une croissance censément meilleure que le reste du pays, mais que cela ne se traduit en rien pour le travailleur romand. Les chiffres du SECO, eux-mêmes, révèlent un mécanisme pervers : la croissance se crée ailleurs, Vaud l’enregistre statistiquement, mais ne la partage pas.
L’austérité aggrave l’hémorragie
Le contexte politique aggrave encore la situation. Quelque 20’000 personnes sont descendues dans les rues de Lausanne, en 2025, pour protester contre le projet de budget 2026 et les mesures d’économies. Le projet de budget 2026 de la Ville de Genève présente un déficit de 62,1 millions de francs, et la baisse d’impôts votée en 2024 impacte fortement ses ressources financières.
Pendant que les cantons romands cherchent à maigrir en gels de postes vacants et en retenues salariales, la dynamique économique nationale s’accélère ailleurs. Le marché de l’emploi romand ne rebondit pas : il s’essouffle. Les quelques offres d’emploi qui surgissent en Suisse romande progressent, mais à un rythme bien inférieur au reste du pays.
Le mirage du rebond
En Suisse romande, le nombre d’offres d’emplois a cru entre août et septembre de 7%, alors que la hausse s’est portée à 5,5% outre-Sarine. À première vue, cela pourrait sembler une bonne nouvelle romande. Mais c’est justement le piège : les offres augmentent, les chômeurs restent, les salaires ne suivent pas. L’emploi nouveau crée en Suisse romande ne suffit même pas à réabsorber le stock de personnes en recherche.
Les optimistes des ministères évoquent une reprise attendue pour 2027. Mais combien de Romands attendront jusque-là ? Combien auront quitté le canton, fuyant vers Zurich ou Bâle ? Combien auront renoncé au marché du travail ?
Les chiffres nationaux mentent par omission. Ils cachent que la Suisse construit deux économies : une du centre et de l’est, prospère et créatrice d’emploi, et une du sud-ouest, qui plie sous les déficits, l’austérité et le chômage structurel. Septembre 2026 confirme la tendance. La Suisse romande ne s’adapte pas, elle disparaît lentement des statistiques positives nationales.