Le Valais vient de tourner le dos à un filet de sécurité social que ses voisins romands ont accepté. Le Grand Conseil valaisan a rejeté une assurance obligatoire perte de gain maladie pour les chômeurs, en dépit du soutien du PS et du Centre, la majorité jugeant le risque financier trop élevé. Ce refus, voté jeudi, dessine une ligne de fracture de plus en plus nette au sein de la Suisse romande.
Le contexte rend ce choix particulièrement brutal. Depuis plusieurs années, les absences pour raisons de santé sont en constante augmentation en Suisse. Pour les sans-emploi, cette réalité est sans filet: tomber malade en cherchant du travail signifie perte de revenus incompatible avec les allocations chômage déjà maigres. Genève et Vaud ont jugé cette situation intenable et ont introduit un système de couverture complémentaire. Le Valais refuse d’en faire autant.
Ce qui distingue le Valais? Une majorité parlementaire peu encline aux dépenses sociales nouvelles. Pour les cantons comme Genève et Vaud, considérés traditionnellement comme plus progressistes en Suisse romande, le calcul était différent: investir dans la protection des chômeurs malades en vue d’éviter des crises sanitaires plus coûteuses encore. Le Valais juge que c’est un risque à ne pas prendre.
Or ce refus arrive dans un climat où la santé au travail se détériore toujours plus et que le pouvoir d’achat des travailleurs est mis sous pression. Le Valais compte parmi les régions romandes les plus fragiles économiquement: ses revenus médians restent en dessous de la moyenne suisse. Le rejeter la protection des chômeurs malades, c’est accepter que les plus vulnérables absorbent seuls les chocs de maladie.
Cette divergence entre cantons romands n’est pas fortuite. Elle reflète une stratégie politique de blocage systématique des nouvelles couches de protection sociale. Tandis que Genève et Vaud modernisent leur filet de sécurité, le Valais retranche. Et c’est précisément en Suisse romande que cet écart de protection menace de creuser davantage les inégalités intercantonales, piégeant une part croissante de la population dans une vulnérabilité organisée.