La Suisse romande mord à l’hameçon: quand la droite diabolise la jeunesse plutôt que de l’écouter

Politique

La machine infernale de la désinformation fonctionne à plein régime. Deux membres de la Jeunesse socialiste suisse présents à Paris le 17 octobre se sont retrouvés au cœur d’une polémique après les violences qui ont éclaté dans la capitale française. Depuis, les cris de panique fusent de la droite libérale: la JSS ramènerait les casseurs français en Suisse. Le PLR s’étrangle, le Temps éditorialize, les télévisions montent en épingle le spectre des «débordements». Tout le spectacle médiatique de l’establishment choqué.

Mais qui regarde vraiment ce qui se passe?

La vraie question qu’on esquive

Le vice-président de la JS Suisse confirme avoir pris part au cortège mais précise «être resté dans les tronçons autorisés, où les manifestations sont restées pacifiques». Voilà le fait. Ensuite, on lui reproche… d’avoir participé, point. Comme si la présence même de jeunes Suisses à une mobilisation européenne constituait en soi une trahison, une «importation» de violence.

Ce qui gêne la classe politique, ce n’est pas que deux militants aient croisé des casseurs à Paris. C’est qu’une génération entière se lève pour contester l’Europe des patrons. Des jeunes socialistes suisses prévoient d’organiser des grèves de jeunes en Suisse, rapportent les journaux. Des rassemblements contre la militarisation et la politique d’austérité en Europe sont prévus le 20 novembre dans plusieurs villes.

Une grève de la jeunesse pour crier ce qu’on refuse d’entendre

Le 20 novembre, Julien Berthod insiste sur l’importance pour la jeunesse de se mobiliser dans les lycées, gymnases, universités et hautes écoles en Suisse. Pas des vitres cassées, pas des voitures brûlées. Des jeunes qui se réunissent, qui parlent, qui crient. C’est cela qui fait peur.

Et pour cause: dans le canton de Vaud, les frictions portent sur l’école inclusive, la surcharge administrative et la pénurie de personnel spécialisé, avec un écart croissant entre les ambitions politiques affichées et les moyens réellement alloués aux établissements. Dans plusieurs cantons romands, les organisations syndicales dénoncent des politiques budgétaires qui imposent à la fois une charge de travail accru, une diminution des ressources allouées aux établissements et une pénurie persistante de personnel spécialisé.

Voilà ce que la jeunesse refuse. L’austérité draconienne. Des écoles à genoux. Des perspectives professionnelles qui rétrécissent. Une génération qu’on sacrifie sur l’autel des déficits zéro.

Le piège du débat factice

La polémique médiatique sert un objectif clair: transformer une question de fond (l’austérité en Europe) en une question de forme (qui a lancé le premier pavé à Paris?). C’est un vieil archaïsme politique. On crée une controverse pour éviter le débat vrai.

La «Youth Strike» sera organisée dans une dizaine de pays européens, avec pour but de permettre aux jeunes de faire entendre leur voix, et ce, sans violence. Mais demander aux jeunes de crier sans violence, c’est leur demander de pleurer sans bruit.

Le 20 novembre, la Suisse romande saura ce que la jeunesse en pense vraiment. Pas de Paris, pas de casseurs, pas de polémique. Juste une génération qui refuse son sort et qui le dit. Cela suffira à terrifier la droite bien pensante.