La Suisse aggrave ses inégalités salariales: quand le pays des droits se ferme les yeux

Économie

La Suisse prétend être une démocratie exemplaire, mais ses chiffres racontent une autre histoire. Selon l’indice «Women in Work 2026» de PwC, le score global du pays stagne à 68,7 points, tandis que la proportion de femmes travaillant à plein temps a baissé, passant de 60,7% à 59,2%. Cet effrondrement silencieux de l’activité professionnelle féminine passe largement inaperçu alors qu’il révèle l’impasse structurelle du modèle suisse.

L’écart qui s’agrandit

L’écart salarial entre les sexes a continué de se creuser pour s’établir à 17,4%, contre 17,2% l’année précédente. Loin d’être une variation marginale, cette détérioration souligne une réalité oppressante: les femmes gagnent toujours moins que les hommes en raison de leur sexe, en moyenne 640 francs par mois. À l’échelle annuelle, le revenu annuel brut médian des salariés à plein temps atteint 92’000 francs chez les hommes, contre 80’900 francs chez les femmes, soit un écart dépassant 11’000 francs par an.

Ces chiffres ne sont pas abstraits. Ils signifient que des générations de femmes construisent des carrières de second ordre, accumulant des pensions réduites et des patrimoines inégaux. La Suisse romande, avec ses prétentions progressistes, n’échappe pas à cette dynamique brutale.

Une stagnation qui ressemble à une chute libre

La Suisse gagne une place et figure au 20e rang d’un classement sur l’égalité professionnelle, mais sa situation stagne. Alors qu’elle figurait encore dans le top 10 de cet indice en 2016, la Suisse stagne autour de la 20e place depuis 2020. Ce recul masqué par une stabilité de façade cache le véritable problème: le pays n’avance plus sur l’égalité alors que des rivaux progressent.

Avec un écart salarial de 17,4%, la Suisse se situe nettement au-dessus de la moyenne de l’OCDE (12,4%). La forte proportion de femmes travaillant à temps partiel et la lenteur des progrès en matière d’égalité salariale indiquent un retard à combler. Alors que le pays se vante de sa qualité de vie, il fabrique systématiquement l’impuissance économique des femmes.

Les obstacles structurels qui paralysent

Les femmes font face à des défis comme des services de garde d’enfants limités et coûteux. Là réside l’hypocrisie suisse: plutôt que de construire des infrastructures publiques robustes, le pays laisse les femmes se débrouiller, puis s’étonne que nombre d’entre elles abandonnent le temps plein. La proportion de femmes occupant un emploi à plein temps a baissé, passant de 60,7% à 59,2%.

Ces données révèlent également un problème plus profond: les femmes souffrent de pertes salariales encore plus importantes dès qu’elles deviennent mères, tandis que pour la plupart des hommes, la paternité entraîne une augmentation de salaire. La Suisse a bâti un système où la maternité est punitive et la paternité lucrative.

Un appel ignoré

Selon les experts de PwC, ces chiffres sont des ‘signaux d’alarme’. Mais en Suisse, les signaux d’alarme deviennent souvent du bruit de fond. Le Conseil des États refuse de supprimer la clause de caducité sur l’analyse salariale, une lacune clé de la révision 2020 de la loi sur l’égalité. Cela signifie que les entreprises ne sont pas obligées de pérenniser leurs audits d’égalité salariale. La volonté politique n’existe tout simplement pas.

Tandis que la Suisse romande se demande comment reconquérir ses jeunes et créer une prospérité partagée, elle ignore délibérément l’hémorragie silencieuse qui vide ses femmes de pouvoir économique. Tant que cet écart persiste et s’aggrave, la Suisse ne sera pas le pays des droits qu’elle prétend être, mais celui qui les confisque lentement, année après année.