Mardi 2 novembre, les sociétés des collaborateurs·rices de Tamedia dénoncent par courrier auprès de la direction romande du géant de la presse des licenciements qu’elles considèrent comme à caractère anti-syndical. Au-delà des noms, c’est un malaise plus profond qui s’installe: le groupe de communication suisse, qui domina longtemps le paysage médiatique romand, traverse une crise sociale sans précédent.
Les accusations portent sur plusieurs points: le non-respect du plan social négocié, la cible prioritaire des délégués syndicaux, des mesures de restructuration qui semblent contourner les engagements convenus. Voilà qui contraste singulièrement avec le discours managérial habituel sur le dialogue social et la transparence.
Un contexte de fragilité croissante
Cette tension interne arrive à un moment critique pour Tamedia en Suisse romande. Le groupe fait face à des défis numériques qui érodent ses revenus publicitaires traditionnels. Plutôt que d’affronter ces enjeux de front en concertation durable avec les effectifs, l’entreprise semble emprunter la voie du sabre, frappant par à-coups ceux qui osent demander des comptes. Les délégués syndicaux, par leur rôle même, sont des freins à la flexibilité complète que réclament les financiers.
Or, cette tactique n’est pas nouvelle en Suisse romande. Elle reproduit un scénario devenu classique: réduction des postes, fragilisation des structures, affaiblissement des syndicats, et au final, moins de journalisme d’investigation, moins de couverture locale, moins de contenu qui coûte cher à produire. C’est le cercle vicieux qui guette les médias romands depuis dix ans.
Les vraies questions que personne ne pose
Si Tamedia rencontre des difficultés, ce n’est pas parce que ses journalistes coûtent trop cher: c’est parce que le secteur médiatique ne s’est jamais vraiment réinventé pour l’ère numérique, et que les annonceurs ont migré vers les géants du web. La rationalisation des effectifs à coups de stratégie anti-syndicale n’y changera rien. Au contraire: cela démotivera davantage les équipes, réduira la qualité, et accélérera le déclin.
Les sociétés des collaborateurs·rices de Tamedia ont raison de sonner l’alarme. Leurs délégués ne sont pas des luxes à éliminer, mais des gardiens d’un équilibre social que la presse romande ne peut plus se permettre de perdre. Pas alors qu’elle est déjà exsangue de tant d’autres façons.