La machine à fabriquer les inégalités tourne à plein régime. Plus de 40% des ménages à bas revenus rapportent qu’ils seront financièrement moins bien lotis en 2026 par rapport à 2025, selon une étude du site de comparaison Comparis, pendant que seulement 18% des familles gagnant plus de 8.000 francs par mois connaissent cette angoisse.
Ce creusement des écarts n’est pas nouveau, mais il s’accélère. La croissance réelle des salaires a considérablement ralenti pour la plupart des travailleurs suisses au cours de la dernière décennie, laissant les revenus disponibles réels stagnants ou en baisse pour presque tous les ménages. Quelques élus seulement en échappent : selon un rapport 2026 de la Fédération suisse des syndicats (SGB), seuls les célibataires des 10% les plus riches et les familles du top 1% ont enregistré une augmentation de leur revenu disponible mensuel réel entre 2016 et 2025.
Dans les rangs intermédiaires, le tableau est désastreux. Les salaires réels médians n’ont grimpé que d’environ 2% entre 2014 et 2024, soit environ 0,2% par an après inflation. Les salariés modestes, eux, font du surplace.
Les femmes paient le prix fort
L’inégalité se décline aussi au féminin. La proportion de femmes en emploi à temps complet est tombée de 60,7% à 59,2%, tandis que l’écart salarial entre les sexes s’est creusé, atteignant 17,4% contre 17,2% l’année précédente. Malgré les salaires élevés, les conditions de travail des femmes en Suisse figurent parmi les pires de l’OCDE.
Cette Suisse romande que les articles politiques décrivent en crise d’emploi voit ses salaires stagner pendant que Zurich engrange les gains. Les promesses de réforme restent lettre morte. Pendant ce temps, les bas revenus s’apprêtent à serrer les ceintures un peu plus.
La Suisse s’est faite à l’idée : l’équité n’était qu’un mirage, une chimère du XXe siècle. Les chiffres le prouvent à nouveau, sans détour. Et personne ne semble décidé à transformer cette tendance lourde.