Croissance en trompe-l’œil: tandis que la Suisse se félicite, Genève et Vaud plongent dans le chômage

Économie

Les statistiques nationales font du bruit. L’économie suisse aborde l’automne 2026 avec un visage plus solide qu’attendu, le PIB ayant progressé de 1,5% au deuxième trimestre 2026. Berne crie victoire. Le commerce international retrouve un semblant de respiration, l’industrie pharma repart de l’avant, et les autorités suisses ont relevé sensiblement leurs prévisions de croissance pour l’ensemble de l’année, la prévoyant à 1,7%.

Sauf qu’à quelques kilomètres de là, les chiffres d’emploi racontent une histoire radicalement différente. En Suisse romande, après des années de quasi-plein-emploi, le chômage remonte, avec Genève affichant le taux le plus élevé du pays, environ 5,1%. Un niveau qu’on n’avait plus vu depuis la pandémie.

Genève perd du terrain

Les chiffres pour Genève font froid dans le dos. Le nombre de demandeurs d’emploi à Genève a augmenté de 34% entre avril 2023 et avril 2026. Plus d’un tiers en trois ans. Ce n’est pas une fluctuation conjoncturelle mineure : c’est un glissement structurel. L’augmentation concerne toutes les classes d’âge, avec +7% pour les moins de 25 ans, +12% pour les 25-49 ans et +13% pour les 50 ans et plus, tandis que l’horlogerie a perdu 45% de ses emplois.

Vaud suit la même logique. Le taux de chômage a progressé à 4,9% à la fin du mois d’août 2026. Dans le canton, 20’529 personnes étaient inscrites au chômage, soit une hausse de 11% sur un an. Mais le tableau clinique est encore plus sombre si on additionne les demandeurs d’emploi au-delà des chiffres « officiels » : au total, 31’115 demandeurs d’emploi sont inscrits auprès des Offices régionaux de placement.

Les victimes de cette « embellie »

Qui souffre vraiment pendant que les statistiques nationales parlent de redressement? L’horlogerie, les ONG, les cols blancs et les jeunes actifs, que la hausse du chômage révèle les fragilités du modèle économique cantonal. Les branches scientifiques, informatiques et le commerce enregistrent une hausse du chômage, tandis que le bâtiment et l’hôtellerie-restauration continuent de recruter.

En d’autres termes : les secteurs « qualitatifs », ceux que les autorités aiment mettre en avant, s’effondrent. Les emplois qui restent sont souvent précarisés, saisonniers ou peu rémunérés. Les experts observent aussi une dégradation chez les jeunes diplômés exposés aux effets de l’intelligence artificielle. Les meilleurs candidats ne peuvent pas trouver de travail digne.

Le mirage statistique

Cette divergence entre les chiffres nationaux et la réalité romande n’est pas accidentelle. Elle révèle une mécanique bien connue: quand l’économie nominale s’accélère sans que l’emploi suive, les gains se concentrent aux mains de ceux qui contrôlent le capital, pas celui du travail. La Suisse du Nord bénéficie de la reprise; la Suisse romande en assume les risques. Et pendant ce temps, Berne brandit ses courbes de croissance comme s’il s’agissait d’une victoire partagée.