Logements: le piège se referme sur la Suisse romande

Économie

La région lémanique est particulièrement touchée avec un taux de logements vacants de 0,77%. Ce chiffre, publié à peine quatre mois après le précédent, révèle une crise qui s’aggrave en temps réel. Pendant ce temps, Genève et le canton de Vaud regardent les prix s’envoler et les locataires s’enfoncer.

L’absurdité du moment : jamais depuis des années la Suisse n’a affiché de tels redressements économiques. L’économie devrait progresser de 1,7% en 2026, contre une précédente estimation de seulement 0,9%. Les industries redémarrent, les exportations retrouvent de la couleur. Mais cette croissance, largement concentrée aux mains des secteurs chim-pharma et de quelques régions, ne filtre pas jusqu’aux ménages ordinaires qui cherchent à se loger.

Car le marché du logement romand ne suit pas les règles de l’économie ordinaire. Une forte immigration, des changements dans la structure des ménages et une activité de construction trop faible se heurtent à la lenteur des procédures d’autorisation et à l’augmentation des coûts de construction. Le résultat : le nombre de nouveaux logements construits reste insuffisant par rapport à l’augmentation du nombre de ménages.

Les chiffres bruts sont éloquents. Entre juin 2025 et juin 2026, le pays a enregistré 2962 logements de moins. Cette saignée n’est pas répartie : elle se concentre dans les zones urbaines et périurbaines de Suisse romande, où les classes moyennes et populaires tentent vainement de trouver un toit.

Pour ceux qui s’imaginent que les prix pourraient au moins stagner, c’est l’inverse qui se produit. Par rapport au deuxième trimestre 2025, le prix des maisons individuelles a bondi de 6,3% en Suisse romande. Les loyers proposés dans les centres urbains devraient augmenter de 3 à 5% en 2026. Pour une famille qui loue, cela signifie des centaines de francs supplémentaires chaque mois, arrachées à un budget déjà serré.

Ce qui aggrave encore le tableau, c’est la façon dont les régions riches et pauvres du pays se séparent désormais sur cette question. A mesure que l’on se rapproche des centres urbains, les contraintes restent particulièrement fortes. Le manque de terrains à bâtir, la complexité des projets de remplacement et les procédures d’autorisation continuent de freiner les nouvelles constructions. Dans les grands centres, on ne voit pas encore de sortie de crise.

Le phénomène est si visible que les ménages en tirent des conclusions désespérées. 70% des Romands jugent les logements trop chers et près d’un tiers envisagent de déménager en France pour payer moins cher. La Suisse romande, foyer politique et culturel romand depuis siècles, commence à vidanger ses habitants vers l’autre côté de la frontière.

Cette crise n’est pas un accident de marché ni une tempête passagère. La crise du logement en Suisse est passée d’une phase temporaire du marché à un défi structurel. Ce qui a longtemps été considéré comme un problème ponctuel dans certaines villes concernera en 2026 une grande partie du pays, en particulier les centres urbains et leurs agglomérations.

Les gouvernements connaissent la solution : construire davantage, plus vite, et moins cher. Mais à chaque tentative, les procédures administratives, les zones protégées, les procédures de consultation bloquent les projets. Entre-temps, ceux qui ne peuvent pas attendre quittent, vendent ou s’appauvrissent en payant des loyers qui avalent un tiers de leurs revenus. Les bons chiffres du SECO masquent un pays où, pour des millions de personnes, la question basique du logement devient un luxe inaccessible.