Référendum salaires: les syndicats stoppent la tentative patronale de contourner les minima cantonaux

Politique

C’est un coup tactique qui n’aura pas fonctionné. Le Parlement fédéral a adopté le 19 juin dernier une modification législative qui aurait permis aux conventions collectives de travail (CCT) d’écraser les salaires minimums fixés par les cantons, y compris lorsque ces CCT prévoient des rémunérations inférieures. Genève, la Suisse romande et les syndicats auraient perdu sur ce terrain bien sûr, mais surtout c’aurait consolidé un système à deux vitesses où les cantons riches imposent leurs normes tandis que les travailleurs précaires se retrouvent sans filet.

Le 7 octobre dernier, les syndicats suisses et les formations de gauche ont déposé plus de 100 000 signatures contre cette loi, soit le double du nombre requis pour forcer un référendum. Les syndicats et la gauche ont déposé le 7 octobre 2026 plus de 100 000 signatures contre ce texte, soit le double du nombre requis. Cet acte symbolique, mais redoutable, place le Conseil fédéral en position défensive. Le Conseil fédéral s’opposait à cette réforme, défendue au nom du partenariat social.

La portée de ce texte parlementaire dépasse le seul débat technique sur les hiérarchies normatives. Un serveur genevois, travaillant sous une CCT moins généreuse, aurait pu légalement gagner moins que 24,59 francs de l’heure, soit le minimum en vigueur à Genève depuis le 1er janvier 2026. Pour la Suisse romande, déjà fragilisée par des années de stagnation salariale et de recul de l’emploi, c’aurait signifié un retour en arrière.

Un paysage fragmenté, une riposte coordonnée

Pas de salaire minimum fédéral en Suisse : il se vote canton par canton. Genève applique 24,59 CHF brut de l’heure depuis le 1er janvier 2026, et quatre autres cantons ont voté le leur. Ce morcellement crée naturellement des inégalités : le Tessin propose 20 francs, Bâle-Ville 22,20 francs. Genève domine largement avec un des salaires minimums les plus hauts d’Europe.

Mais c’est précisément ce qui rend la loi rejetée par les référendaires si dangereuse. En permettant aux CCT de passer au-dessus des minima cantonaux, les employeurs de secteurs peu syndiqués ou faiblement organisés auraient pu contourner ces protections. La gauche suisse a bien compris l’enjeu : défendre les salaires minimums cantonaux, c’est prévenir le dumping social de la part des CCT les moins ambitieuses.

Vaud, symbole des ambitions contrastées

En juin 2026, Vaud a marqué les esprits en donnant un mandat contrasté: la population a accepté d’ancrer ce principe dans la Constitution, mais refusé les projets de lois associés. Vaudoises et Vaudois ont suivi la gauche et les syndicats en acceptant l’initiative constitutionnelle avec 49,1% des suffrages. Le canton a donc reconnu le droit au salaire minimum sans le chiffrer par la loi. Cette ambiguïté montre que le débat est vif, conflictuel et loin d’être tranché.

En déposant ces 100 000 signatures, les syndicats évitent que la loi n’entre immédiatement en vigueur. Le peuple tranchera donc en votation, et d’ici là la loi n’entre pas en vigueur. Le référendum transforme une défaite parlementaire en bataille démocratique. C’est là que se joueront les vrais rapports de force, sur le terrain, en Suisse romande notamment, où la conscience des inégalités salariales s’est aiguisée ces dernières années.

La question qui se posera aux urnes sera brutale : faut-il laisser les conventions collectives déterminer unilatéralement le sort des travailleurs, ou faut-il défendre des minima de dignité fixés démocratiquement au niveau cantonal? Journalium vous dit qui défend quoi : les syndicats et la gauche sont d’un côté, le patronat et la majorité parlementaire de l’autre. Le terrain de jeu sera la Suisse romande.