Le mirage de la croissance : pourquoi les bons chiffres du SECO cachent un marché de l’emploi en détresse

Économie

Le 17 septembre dernier, le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) affichait un sourire de soulagement. La croissance du Produit intérieur brut pour 2026 a été révisée à la hausse, passant de 0,9% à 1,7%. Les médias dominants ont titré sur la «reprise». Les commentateurs se sont rassurés. Mais pendant que Berne célébrait ses chiffres macroéconomiques, le marché de l’emploi suivait une tout autre trajectoire.

Des licenciements qui contredisent les statistiques

Sur le terrain, l’industrie saigne. L’industrie suisse a perdu 7600 emplois au troisième trimestre par rapport à 2024, selon l’Office fédéral de la statistique. Des milliers de suppressions de postes, des secteurs entiers en contraction, le chômage augmente notamment dans l’horlogerie, la construction de machines et l’industrie chimique. Cette hémorragie silencieuse ne trouve aucun reflet dans les communiqués triomphants du gouvernement.

Pire encore : des entreprises emblématiques du paysage économique suisse ont annoncé des plans de licenciements importants, avec UBS qui prévoit environ 3000 suppressions de postes. Ce qui attendra les travailleurs en 2026, ce ne sont pas des créations d’emplois, mais des vagues de restructurations.

La croissance chiffre sans créer

C’est ici que réside l’arnaque statistique : une économie peut croître sans créer d’emplois. Elle peut croître en consolidant les marges des grandes structures, en concentrant la richesse, en supprimant les postes « peu rentables ». En 2026, les experts prévoient une nouvelle hausse du nombre de chômeurs, alimentée par des licenciements massifs dans plusieurs secteurs. Et l’État de ne pas crier au scandale.

Le bilan prévisible ? Le chômage en Suisse devrait atteindre 3,1% en 2026, selon le SECO. Une progression modeste selon les critères suisses, mais elle est là. Elle s’accumule. Elle pèse sur des familles, des trajectoires, des régions.

Une reprise fractionnée

Et Genève dans cette affaire ? Vaud ? Valais ? Journalium l’a documenté : la Suisse romande subit plus durement les chocs économiques que Zurich. Plusieurs organisations internationales à Genève ont dû procéder à des suppressions de postes en 2025, conséquence directe des réductions des financements américains pour les agences de l’ONU, une tendance qui pourrait s’amplifier en 2026. Cela non plus n’apparaît pas dans les «bonnes nouvelles» du SECO.

Le gouvernement fédéral peut arborer une croissance de 1,7%. Mais les Romands, eux, savent depuis longtemps que les chiffres nationaux ne leur racontent pas leur histoire. Pendant que Berne annonce une reprise, les entreprises licencient. Pendant que les graphiques montent, les salaires stagnent. Pendant que les statistiques sourient, les dossiers de demande d’emploi s’accumulent.

C’est la mécanique éprouvée du mensonge chiffré : faire passer une concentration de richesse pour une reprise partagée. Et continuer à regarder ailleurs.